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 Les œuvres de Freud dans le domaine public

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Orwelle



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MessageSujet: Les œuvres de Freud dans le domaine public   Lun 15 Fév - 20:28



Freud, l’esprit de la lettre

Depuis janvier, les œuvres de Freud font partie du domaine public. L’événement est salué par une moisson de traductions nouvelles ou de rééditions.

On ne pense plus l’homme de la même manière depuis Freud. Septante ans après la mort de celui-ci, le constat s’impose. L’œuvre du fondateur de la psychanalyse a changé la compréhension qu’on peut avoir des actions ou des réactions humaines. Non seulement un nouveau savoir s’est mis en place, mais la manière même dont on aborde les phénomènes psychiques ou sociaux a évolué.

Cette évolution est si répandue que la plupart des gens ne savent pas, ou plus, que c’est à Freud qu’on la doit. On dit aujourd’hui, sans y penser : «Oui, il refoule ceci ou cela… Oui, c’est un bel acte manqué… un sacré lapsus !» L’existence de l’inconscient fait partie, c’est le cas de le dire, du domaine public et seuls les sots ou les ignorants refusent encore d’en tenir compte.

Mais Freud est bien plus que la somme de quelques notions désormais très largement adoptées : la psychanalyse est une théorie dynamique propre à rendre compte des interactions humaines, qu’on comprenne celles-ci comme les échanges entre des personnes différentes ou entre différentes parties d’une même personne. Est-ce la seule ? Non, sûrement. Est-ce la meilleure ? A chacun d’en juger. Disons, de manière plus prudente, qu’elle reste sans doute la plus complète, même si elle aussi a changé.

Du vivant même de Freud, et depuis, la théorie psychanalytique n’a cessé d’évoluer. De grands esprits ont exploré des régions de la psyché que lui avait négligées ou dont il n’avait pas mesuré l’importance et ont proposé des théorisations nouvelles ou complémentaires. De même qu’ont évolué les sociétés dans lesquelles la psychanalyse s’était développée. D’obscure, sinon de honteuse qu’elle était à son époque, la sexualité, par exemple, est devenue triomphante au point de coïncider de plus en plus avec un exhibitionnisme qui l’aurait certainement dérouté. La population qui fréquente les cabinets des psys n’est plus la même ou ne présente plus les mêmes pathologies, comme n’est plus le même ce qu’on peut nommer le surmoi social, disons le réglage de ce qui est «permis» ou «interdit» par la société et que chacun apprend à intérioriser par le biais de sa famille ou de l’école. Cela diminue-t-il l’importance de la présence des œuvres de Freud dans nos librairies ? Nullement. (...)

John E. Jackson, Professeur à l’Université de Berne, spécialiste de littérature et de psychanalyse.
www.letemps.ch/Page/Uuid/cd8607dc-17ed-11df-8d33-be76184ebd58/Freud_lesprit_de_la_lettre



Edition : la bataille est féroce

Freud est un classique et c’est sur le terrain du poche que se déroule la bataille éditoriale francophone. Aux trois éditeurs «historiques», Payot, PUF et Gallimard s’ajoutent désormais de nouvelles maisons. Deux se profilent particulièrement en cette année 2010 où le texte original tombe dans le domaine public.

Le Seuil, plutôt lié à la psychanalyse lacanienne, a choisi, sous la direction de Jean-Pierre Lefebvre, de publier, avec L’Interprétation du rêve (Die Traumdeutung) et deux titres en poche déjà parus, une dizaine de nouvelles traductions. L’objectif est, notamment, de mettre en valeur les qualités littéraires de Freud. Flammarion est aussi en piste, mais débute modestement par un livre de poche, en collection GF, Le Malaise dans la culture (Das Unbehagen in der Kultur) traduit par Dorian Astor, accompagné d’un commentaire philosophique de Pierre Pellegrin. Mais l’éditeur a mobilisé traducteurs et psychanalystes pour ajouter rapidement à sa collection Champs plusieurs versions nouvelles des œuvres du maître.

Pour les «historiques», en l’absence de traduction «canon» en français, il s’agit de jouer à fond la carte de l’ancienneté. Gallimard fait paraître cinq textes en Folio – dont les Conférences d’introduction à la psychanalyse – et songe à la Pléiade, mais pas avant deux ans. Payot sort trois titres retraduits ou révisés, dont les Cinq leçons sur la psychanalyse , dans sa Petite Bibliothèque. Les PUF misent sur la réputation que leur vaut le grand chantier des Œuvres complètes en 21 volumes, dont 16 sont parus et plusieurs en révision. Les PUF proposent dix titres en 2010 en collection de poche Quadrige et prennent désormais soin de mentionner, en couverture, «éditeur de référence».

Eléonore Sulser
www.letemps.ch/Page/Uuid/aadb02aa-17ed-11df-8d33-be76184ebd58/Edition_la_bataille_est_f%C3%A9roce
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Orwelle



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MessageSujet: Re: Les œuvres de Freud dans le domaine public   Lun 12 Avr - 17:45



Sur le divan : Nadine et internet, à la racine de la névrose Cool

Intérieur se voulant chaleureux et professionnel à la fois. Un divan accueillant. Une petite lampe d’apprêt. Quelques diplômes au mur. Un bureau de vieux bois. De la moquette rouge. De vagues tableaux. Une chaise, à côté du divan.

Sur la chaise, un homme imposant, barbe blanche méticuleusement taillée, costume classique du XIXe siècle. Sur son visage, un peu de sagesse, beaucoup d’intelligence et un soupçon de perversité. Entre ses doigts, un cigare éteint. Il le mordille de temps en temps.

Sur le divan, une femme d’âge mûr, moitié vulgaire moitié distinguée. Elle porte un tailleur strict, ne semble pas très à l’aise, visage inquiet et torturé. Tout dans son attitude dit pourtant l’habitude du pouvoir et l’ambition de le conserver. Ce mélange de fragilité et de confiance pourrait rendre la femme attachante, s’il n’y avait une persistante lueur bovine dans le regard.

Les deux se parlent, elle sur le divan, lui assis. Il est évident qu’ils ont l’habitude de converser ainsi, qu’une certaine proximité s’est installée, au fur et à mesure des séances. Les rôles sont clairement définis et acceptés. La patiente répond de bon gré aux questions du professionnel, écoute ses observations et semble - de manière générale - disposée à se remettre en question, même si cela s’avère très laborieux. Rien que de très classique. (...)

www.article11.info/spip/spip.php?article762
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Orwelle



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MessageSujet: Re: Les œuvres de Freud dans le domaine public   Mar 27 Avr - 12:59



Michel Onfray ou la folie raisonnante

Par RENÉ MAJOR Psychanalyste, CHANTAL TALAGRAND Psychanalyste

On f’rait mieux de se taire. Taciturire, comme le disait Blanchot, devant l’outrance de la provocation ou les âneries qui porteront désormais un autre nom : les «onfrayries» qu’une certaine «confrayrie» de médias s’empresse de répandre dans le ciel de la pensée pour tenter de paralyser tout ce qui, depuis un siècle, n’a cessé d’éclairer les sources inconscientes des rapports entre les hommes. De quoi Michel Onfray est-il donc devenu le nom ? Du symptôme du rabaissement de la pensée qui déferle quotidiennement dans la presse ou à la télévision. En venir, en effet, à faire de Freud un antisémite est le comble de l’onfrayrie.

On croirait lire un canular. L’auteur n’hésite pas à dire que «Freud n’écrit jamais contre Hitler, contre le nationalsocialisme, contre la barbarie antisémite», alors que, le jour même où Hitler est nommé chancelier, Freud écrit : «Nous sommes tous inquiets de ce qui va advenir du programme du chancelier Hitler dont la seule visée politique est les pogroms» et, dans la remarque préliminaire au Moïse en voie de rédaction, il est on ne peut plus explicite : «Dans le cas du peuple allemand […] on constate que la régression vers une barbarie presque préhistorique s’accomplit sans s’appuyer sur une quelconque idée de progrès.» Le 10 juin 1933, il écrit aussi : «L’Allemagne est la pire cellule de la gigantesque prison qu’est devenu le monde […] Ils ont commencé en prenant le bolchevisme pour leur mortel ennemi mais ils finiront comme eux - à ceci près que, malgré tout, le bolchevisme a adopté des idéaux révolutionnaires alors que ceux de l’hitlérisme sont purement médiévaux et réactionnaires.» On ne peut non plus laisser faire croire que Freud aurait pactisé avec la psychothérapie allemande aryanisée, lui qui fit procéder, avec l’accord de tous les membres, à la dissolution de la Société psychanalytique de Vienne.

Onfray feint-il de ne pas comprendre que, dans son livre sur Moïse, Freud analyse le délire d’élection auquel est en proie le peuple allemand sous l’impulsion de son Führer dans la rivalité métaphysique qu’il prétend entretenir avec le peuple juif ? Hitler avait bien déclaré que le peuple allemand était le peuple de Dieu et qu’il ne pouvait exister deux peuples élus. Où donc Onfray va-t-il chercher, à contresens, que Freud se propose de «tuer le père des Juifs» en parlant de l’homme Moïse ? Faire de Freud un fasciste parce qu’il remet un exemplaire de Pourquoi la guerre ? écrit avec Einstein en 1932, à Eduardo Weiss qui lui demande un de ses livres pour Mussolini, c’est ne rien comprendre à l’humour, parfois acerbe, de Freud. D’abord, le choix de ce livre dans lequel sont dénoncés les motifs cachés de la guerre qui se profile à l’horizon et où se trouve analysée la soif de pouvoir ; ensuite, la dédicace ironique qui «reconnaît en la personne du dirigeant un héros de la culture». Comment Freud aurait-il pu sérieusement considérer Mussolini comme un héros de la culture ?

Il faut être aussi naïf que Onfray - ou que Mussolini - pour le croire. Onfray va-t-il prêter à Freud une admiration pour les SS quand, lui faisant signer une déclaration selon laquelle il aurait été bien traité par eux avant son départ de Vienne, Freud ajoute en post-scriptum - et au péril de sa vie - qu’il recommande la Gestapo à quiconque ? D’autres philosophes se sont intéressés à Freud bien avant Onfray. Foucault, par exemple, n’a-t-il pas écrit que ce fut «l’honneur politique de la psychanalyse d’avoir suspecté dès sa naissance ce qu’il pouvait y avoir d’irréparablement proliférant dans ces mécanismes de pouvoir qui prétendaient gérer le quotidien de la sexualité […] et que la psychanalyse doit d’avoir été en opposition théorique et pratique avec le fascisme» ? Derrida, pour sa part, n’aura-t-il pas insisté sur le «révisionnisme» qui tente de nier la découverte freudienne et son impact dans notre culture en voulant procéder à une plate restauration de tout ce qui avait cours auparavant, où la psychanalyse, le nom même de la psychanalyse et celui des héritiers de cette pensée seraient désormais associés au mal lui-même ou à un remède pire que le mal. Car la psychanalyse, telle qu’inventée par Freud, s’est employée et s’emploie encore, avant même toute idée thérapeutique ou sinon avec elle, à envisager, sans alibi et sans prétexte, sans souci d’épargner la pensée bien pensante, les racines du mal radical, d’un mal généralement abandonné à la religion, à la métaphysique ou au théologico-politique.

Allons Onfray, si, comme vous le prétendez, la psychanalyse est une philosophie et toute philosophie une autobiographie déguisée de son auteur, on ne donne pas cher de la vôtre. Elle est à reléguer aux poubelles de l’histoire. Allons, remettez-vous de votre folie raisonnante qui prend tout à rebours de la vérité de l‘histoire. Lisez Sérieux et Capgras qui ont magnifiquement décrit cette folie.
www.liberation.fr/culture/0101632049-michel-onfray-ou-la-folie-raisonnante



«Onfray réhabilite un discours d’extrême droite»
L’historienne Elisabeth Roudinesco dénonce la «volonté de nuire» du «Crépuscule d’une idole».
www.liberation.fr/societe/0101630685-onfray-rehabilite-un-discours-d-extreme-droite

Loi pour l’interdiction de michel onfray dans l’ensemble de l’espace public

Initiative citoyenne de la SPINOZA (Société Pour l’Interdiction des Nuisances Onfresques Zet Anarchoracistes).

[Extraits]
Michel Onfray doit être banni de l’espace public car il est incompatible avec les valeurs de la démocratie, de l’émancipation humaine et du simple bon goût. Sa suffisance et ses poses philosophantes sont une insulte ostensible à toute la corporation des philosophes ; son catéchisme antireligieux est une insulte à ce que la libre-pensée a produit de meilleur ; son anticalotinisme crétin, son hédonisme benêt et son aristocratisme puant sont une insulte à Épicure, à Lucrèce, à Spinoza, à Nietzsche, à Deleuze, à Bourdieu et à tous les grands auteurs dont il se réclame et qu’il ne fait que trahir, salir et détourner à son profit.

la « gauche radicale » qu’il dit incarner est une mystification, un double discours dans lequel il est passé maître ! En effet, comme pour mieux nous embrouiller, Michel Onfray se dit lui-même, et sans rire, libertaire et libéral, anarchiste et partisan de l’économie de marché, propalestinien et sioniste [3]. Il affirme également, sans honte, que c’est Camus qui avait raison contre Sartre sur la question algérienne : en clair, qu’on a raison, lorsqu’il s’agit d’Algériens, de « préférer sa mère à la justice » et de refuser à un peuple le droit de disposer de lui-même.
l’engagement politique de Michel Onfray se résume à des billets soporifiques pour Siné Hebdo, des livres aussi creux et sinistres que leurs titres sont grandiloquents et prétentieux (attention : L’art de jouir, La sculpture de soi, La sagesse tragique, La puissance d’exister, Politique du rebelle, Traité de résistance et d’insoumission, À côté du désir d’éternité, Fragments d’Egypte ou encore Pour une érotique solaire ! – sans oublier les grotesquissimes quatre volumes de son Journal hédoniste intitulés, tenez-vous bien : Le désir d’être un volcan, Les vertus de la foudre, L’Archipel des comètes et La lueur des orages désirés !), quelques escales opportunistes à Saint-Germain-des-Prés au cours desquelles il se prosterne avec la dernière servilité devant le Nabab BHL (comme l’a révélé dernièrement Le Plan B) [5], un brunch philosophique chez Philosophie magazine en compagnie du chef de file de l’extrême droite plurielle, Nicolas Sarkozy en personne [6] et enfin d’innombrables apparitions télévisées au cours desquelles sa suffisance, son égo surdimensionné et son invraisemblable mépris de l’autre crèvent littéralement l’écran.

Par ailleurs, puisque la question du sexisme a été soulevée à propos du voile, nous tenons à préciser que Michel Onfray est un gros sexiste. Son Panthéon est quasi-intégralement couillu, son œuvre totalement androcentrée, son ethos et ses postures grotesquement virilistes.

[6] Cf. Philosophie magazine, n°8, printemps 2007. Sur cette sympathique causerie, et plus largement sur la connivence idéologique entre les deux convives, cf. notre analyse à paraîre aux Éditions Spinozistes : De qui Michel Onfray est-il le con ?. Smile
http://lille.indymedia.org/article19435.html
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Orwelle



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MessageSujet: Re: Les œuvres de Freud dans le domaine public   Dim 2 Mai - 3:00



Marx avec Freud, et Freud avec Marx

Christian Dubuis-Santini montre que les thèses des deux grands idéologues se font souvent l'écho l'une de l'autre. Curieux ? Pas tant que cela.

Opportunément instrumentalisés par les ignares et les canailles de façon éhontée, les noms de Freud et de Marx se doivent aujourd’hui d’être réaffirmés dans la profonde parenté de leur corpus.

Le lecteur persévérant penché avec un minimum de rigueur sur leurs textes découvre derechef que :

• d’une part la pensée de Marx ne saurait être lue dans ses nuances et complexités sans faire retour sur l’œuvre de Hegel (tant sa dette auprès du penseur de la négativité absolue est immense)

• et d’autre part Freud et Marx sont les deux seuls penseurs à proposer la précise topologie d’une «autre scène» sur laquelle se déciderait le sens de ce qu’on appelle communément — sans y penser — la «réalité». 



Ainsi chez Marx


• le «fétichisme de la marchandise» révélant les «lubies théologiques» sous la surface rationnalisante des calculs, conduisant à substituer aux «rapports entre les gens» des «rapports entre les choses»…
fait écho à la thèse freudienne

• d’une phénoménalité de la vie quotidienne ne pouvant faire sens que sur la toile de fond d’une archéologie du désir, médiatisé par le langage (l’ordre symbolique), l’inconscient révélant par ses lapsus, actes manqués et rêves, la division constitutive du sujet, sa non-transparence à lui-même…



Le parallèle est saisissant, exploré bien sûr par Jacques Lacan : «L’origine de la notion de symptôme n’est pas à chercher dans Hippocrate, mais dans Marx, dans la liaison qu’il fait le premier entre le capitalisme et quoi ? — le bon vieux temps, ce qu’on appelle le temps féodal».



Ainsi, à l’énigme freudienne de la subjectivité «Wo es war soll ich werden» Marx aurait proposé une forme sociale «Là où était le capitalisme, le communisme (conçu comme ce qui est «commun» à toute l’humanité) devra advenir» ?

Oui mais pas si vite. Car justement le sujet (agent) de la transformation fait presque toujours l’objet du plus profond oubli «qu’on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s’entend» (Lacan)



Et bien que Marx ait lui-même utilisé parfois «prolétariat» comme synonyme de la «classe ouvrière», la lecture attentive de son œuvre laisse clairement entendre que le «prolétariat» désigne finalement l’opérateur de la Vérité, c’est-à-dire l’agent engagé de la lutte révolutionnaire…

Donc bien que le lien soit originel entre la classe ouvrière en tant que groupe social, et le prolétariat en tant que position de combat militant pour la Vérité universelle, les deux niveaux ne sauraient être confondus.

Être prolétaire implique d’assumer une position subjective (de lutte des classes, visant la Rédemption par la Révolution) qui peut, en principe, être adoptée par n’importe quel individu à condition qu’il incarne la «dit-mention» du sujet… divisé, forcément dit-visé. Ayant pris partie, donc.


La position «neutre» étant en effet une vue de l’esprit, une falsification, un déni du réel (il n’y a pas de position neutre), chacun est appelé à se déterminer en prenant partie, c’est en cela que consiste le premier moment d’assumation de la position subjective...

Le deuxième moment fondateur étant de parler en son nom, en assumant sur son nom l’intégralité des conséquences de ses paroles considérées alors comme des actes de langage.
Des actes de langage à l’opposé du bavardage…

Ainsi la faillite et les horreurs inhumaines du socialisme réel ne sauraient être imputés à l’œuvre de Karl Marx, qui reste encore aujourd’hui largement visionnaire et d’une impressionnante actualité (cf. le court extrait de 1848 plus haut), cependant sa bonne lecture, une lecture attentive et structurante ne saurait faire l’impasse ni sur celle de Hegel (pour la filiation théorique) ni sur celle de Freud (pour l’indispensable contrepoint subjectif amenant au concept de responsabilité).

La responsabilité — requise notamment par ces temps de crise — ne saurait s’aborder sans considérer, comme l’a démontré Lacan, que le sujet du cogito n’est autre que le sujet de l’inconscient freudien. Plus de Grand Autre sur lequel se dédouaner…

Pour finir sur la difficulté d’accès au concept de prolétariat chez Marx, un extrait de la thèse de 3e cycle de Slavoj Žižek : «Philosophie entre le symptôme et le fantasme» soutenue à Paris VIII en 1986 :

«Chez Kant, le sujet donne la forme universelle à un contenu substantiel de provenance transcendentale (la Chose en soi), on reste donc dans le cadre de l’opposition entre le sujet (le réseau transcendental des formes possibles de l’expérience) et la substance (la Chose en soi transcendante) tandis que pour Hegel il s’agit justement de saisir la substance comme sujet.



La connaissance n’est pas une percée jusqu’au contenu substantiel qui serait en lui-même indifférent au processus de connaissance, l’acte de connaissance est plutôt à l’avance inclus dans son «objet» substantiel, le chemin vers la vérité fait partie de la vérité elle-même.
Pour éclairer cet accent hegelien, prenons un exemple, peut-être surprenant, témoignant de l’héritage hegelien dans le matérialisme historique et confirmant la thèse de Lacan que le marxisme n’est point une
«vision du monde» (Lacan 1975).



L’affirmation fondamentale du matérialisme historique est celle du rôle révolutionnaire et de la mission historique du prolétariat, or le prolétariat ne devient sujet révolutionnaire effectif qu’au moyen de l’appropriation de cette connaissance de son rôle historique.



Le matérialisme historique ne consiste pas en une «connaissance objective du rôle historique du prolétariat», elle est en ce sens auto-référentielle, incluse dans son objet de connaissance.

Le premier point en question est donc le caractère «performatif» du processus de connaissance : quand le sujet pénètre derrière le rideau de l’apparence vers l’essence cachée, il pense découvrir ce qui était là depuis toujours et méconnaît qu’en avançant derrière le rideau, il a lui-même porté là ce qu’il y a trouvé.»


Christian Dubuis Santini
www.marianne2.fr/Marx-avec-Freud,-et-Freud-avec-Marx_a192249.html
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Orwelle



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MessageSujet: Re: Les œuvres de Freud dans le domaine public   Mar 4 Mai - 14:40



Attaques sur Freud ou la philosophie au bulldozer
Par Etienne BALIBAR, Alain BADIOU, Michel DEGUY, Jean-Luc NANCY

Ce qui nous gêne dans le récent assaut mené contre Freud n’est pas qu’on nous propose critique et discussion, tant historique que théorique. C’est plutôt qu’en vérité la charge massive et qui se veut accablante fait disparaître son objet même. «Freud», ce n’est ni simplement une vie, ni simplement une doctrine, ni simplement une éventuelle secrète contradiction des deux. Freud, c’est un travail de pensée, c’est un effort - particulièrement complexe, difficile, jamais assuré de ses résultats (moins sans doute que la grande majorité des penseurs, théoriciens, philosophes, comme on voudra les nommer) - et c’est un effort tel qu’il n’a pas cessé d’ouvrir, au-delà de Freud lui-même, un foisonnement de recherches dont les motifs ont été de très diverses manières de demander : «Au fond, de quoi s’agit-il ? Comment peut-on travailler plus avant cette immense friche ?»

Nous n’entrons pas ici dans le débat technique, historique, épistémologique. D’autres sont mieux qualifiés pour le faire. Ce que nous voulons dire est plus large. En effet, il en va de même pour Freud que pour Kant au gré de M.Onfray qui croit avoir hérité du marteau de Nietzsche (auquel d’ailleurs, heureusement, Nietzsche ne se réduit pas). On prélève, figé, ce qui sert la thèse et on ignore avec superbe tout ce qui chez l’auteur et après lui a déplacé, compliqué voire transformé la donne. Mais en vérité, c’est la philosophie tout entière qui est soumise à ce traitement. Faisant jouer un ressort bien connu, on dénonce la domination des «grands» et l’abaissement où ils ont tenu les «petits», vifs et joyeux trublions de l’austère célébration de l’«être», de la «vérité» et de toutes autres machines à brimer les corps et à favoriser les passions tristes. On sera donc hédoniste (un «isme» de plus, c’est peu prudent, mais on n’y prend pas garde) et on secouera d’un rire dionysiaque la raide ordonnance apollinienne de ce qui se donne comme «la» philosophie. Nietzsche, pourtant, est bien loin de seulement opposer Dionysos et Apollon : mais ici comme ailleurs, on ne va pas se compliquer les choses, il faut seulement frapper.

On ne veut rien savoir de ceci, que les philosophes n’ont jamais cessé d’interroger, de mettre en question, de déconstruire ou de remettre en jeu «la» philosophie elle-même. En vérité, la philosophie, loin d’être succession de quelques «vues» ou «systèmes», est toujours d’abord relance - et relance sans garantie - d’un questionnement sur elle-même. Cela s’atteste avec chaque «grande» pensée. C’est pourquoi il n’est jamais simplement possible de déclarer qu’on tient la vraie, la bonne «philosophie».

Encore moins est-il possible de réduire une œuvre de pensée à néant lorsqu’elle a fait ses preuves de fécondité - bien entendu, avec toutes les difficultés, incertitudes, apories ou défaillances que cette même fécondité fera déceler. Mais notre déglingueur n’en a cure : ce qui lui importe, c’est de dénoncer, de déboulonner et de danser gaiement sur les statues qu’il suppose effondrées. Comme il se doit, cela fait du bruit, cela attire les chalands et avec eux ce qu’on appelle les médias ravis de trouver du scandale aussi dans les imposantes demeures de la «pure pensée».

Comme il est entendu que le mal est désormais toujours plus ou moins fasciste (ou «totalitaire») c’est de fascisme qu’on accusera le penseur, lorsqu’on trouve un biais opportun pour le faire. Mais là aussi, le ressort est bien connu : on sait d’avance qu’on ne pourra mieux démolir un auteur, récent ou ancien, qu’en le traitant de fasciste. Le procédé a lui-même quelque chose de - ne disons pas «fasciste» mais au moins doctrinaire, réducteur et oppresseur. Car on n’est pas au large, dans cet espace réputé libertaire : le garde-chiourme et l’anathème y sont postés partout.

Voilà pourquoi nous disons qu’il n’y a pas eu discussion ni critique de Freud, pas plus que de Kant ni de bien d’autres ni pour finir de la philosophie. Il y a un phénomène, un prurit idéologique dont on pourrait d’ailleurs retracer les provenances. Ce n’est même pas que tout soit simplement faux ou condamnable : nous ne parlons d’aucun de ces points de vue. Nous disons seulement qu’on se moque des gens et qu’il est temps de le dire.

La philosophie connaît aujourd’hui une vogue qui favorise ses images publiques, voire publicitaires, ses publications alléchantes, l’idée de quelques recettes possibles de «sagesse». Il faut d’autant plus se méfier de ce que toutes les vogues libèrent : complaisance, ambiance de foire, grandes gueules. On nous répondra sans doute que nous ne représentons qu’une mince élite nantie, confite dans l’Université, dans la belle âme et le discours savant. Toujours les petits contre les grands et certaine idée du «peuple» (joyeux) contre les (tristes) «doctes». Non, nous ne sommes ni plus tristes ni plus doctes que le docteur démolisseur. Nous pensons que l’esprit public mérite mieux que d’être assourdi par le fracas de ses bulldozers et qu’il faut lui permettre de retrouver le sens de l’audition.
www.liberation.fr/sciences/0101633174-attaques-sur-freud-ou-la-philosophie-au-bulldozer



Plaidoyer pour la «psychologie littéraire»
Par ANNE E. BERGER, Professeure de littérature française et d'études de genre, Paris-8 et Cornell University

A côté des approximations, des erreurs factuelles, des faux scoops et des extrapolations tendancieuses que les critiques de l’ouvrage d’Onfray ont eu raison de dénoncer, je soulignerai une aberration méthodologique : la confusion entre l’«homme» Freud et l’œuvre de Freud. Admettons que Freud, comme tout être humain, ait eu des faiblesses et des petitesses. Personne n’est irréprochable, et surtout pas les faiseurs de reproches. Mais une vraie œuvre est toujours plus grande que son auteur. Et si Nietzsche, dont prétend se réclamer Onfray, dit à juste titre qu’une œuvre ou un système peignent toujours d’une certaine manière le portrait de leur auteur, il ne veut évidemment pas dire qu’ils racontent sa vie par le menu.

«Je est un autre», constatait Rimbaud à propos du «sujet écrivant». Et c’est bien évidemment de cet autre que l’écriture philosophique ou littéraire trace le portrait en filigrane. Prendre la «vie du corps» - version nietzschéenne de la vie intérieure - pour la vie de tous les jours, comme le fait Onfray, est un contresens. On retrouve dans cette biographie «intellectuelle» tous les ingrédients dont se repaît le discours people d’aujourd’hui : addictions (Freud «prenait de la cocaïne»), rumeurs de liaisons adultères, compromissions politiques et autres matières à «scandale». Baudelaire était opiomane et, contrairement à Freud, grossièrement misogyne : faut-il cesser de le lire ?

La conversion d’Onfray à l’antifreudisme a tous les traits d’une conversion religieuse : retournement, logique de la «révélation», fanatisme du nouveau converti, rhétorique de l’anathème et manichéisme («livre noir» pour les égarés, donc «livre blanc» pour les éclairés) : on brûle l’idole et on adore la vérité nouvelle. Les grandes pensées pratiquent et enseignent le doute. L’absence de doute d’Onfray rend ses propos douteux. Athée, Onfray ?

Surtout, la littéraire que je suis s’offusque du traitement qu’il réserve à la littérature. L’épithète «littéraire» est une insulte dans sa bouche ou sous sa plume : Freud pratiquerait une «psychologie littéraire», c’est-à-dire à la fois trompeuse et dupe de ses fictions. C’est grâce à - c’est-à-dire par la faute de - la «coterie littéraire» parisienne que la pensée freudienne aurait trouvé une implantation solide en France. Enfin, c’est parce qu’elle serait une «affabulation littéraire» et non une «science» que la psychanalyse devrait être disqualifiée : est-ce à dire qu’Onfray ne reconnaît de «science» qu’«exacte» ou «dure», termes que même les scientifiques dont le travail relève des sciences ainsi désignées contestent ?

En opposant littérature et science comme on oppose mensonge et vérité, Onfray s’inscrit dans une ligne qui dénie à la littérature la capacité de produire du savoir. Position bien peu nietzschéenne : car si le (gai) savoir que produit la littérature n’est pas du même ordre que celui que produit, disons, l’étude de la chimie, il n’en est pas moins un savoir. Comment peut-on à la fois se réclamer de Nietzsche et dénigrer le pouvoir de la métaphore et ce travail de (et par) la métaphore qu’est la littérature ? Freud voyait en la littérature «la voie royale» de la psychanalyse. Historiens, anthropologues, sociologues, tous reconnaissent à des titres divers que la littérature est porteuse de savoir. Quant à la philosophie moderne, elle n’a pas dédaigné de se mettre à l’école de la littérature. Avant Nietzsche, il y a eu Hegel et bien sûr Rousseau ; après lui, Heidegger, Derrida et bien d’autres.

Je voudrais enfin porter témoignage de l’apport d’une certaine psychanalyse dans le champ de ce qu’on appelle «les études de genre» (gender studies). On y lit Freud, on l’étudie, on l’utilise, on le critique - une œuvre forte survit à la fois à sa critique et par sa critique. On fait cela parce qu’il est l’un des premiers à étudier les différences de sexe et de sexualité dans leurs dimensions psychiques, culturelle et sociale et à proposer une distinction rigoureuse entre le sexe anatomique et le genre ; parce qu’il porte un coup décisif à la croyance en la naturalité de l’hétérosexualité ; parce qu’il montre l’instabilité de la distinction entre le normal et le pathologique ; parce qu’il propose des formulations originales du rapport entre soma et psyché, entre pulsion et culture.

Parce que sa pensée n’est justement pas une doctrine, Freud a passé son temps à se corriger, à passer d’une interprétation à une autre, tout en maintenant le cap sur ce qu’il a appelé, en attente d’avenir, l’«inconscient». Signe d’une faiblesse théorique ? Non, c’est le signe d’une pensée mouvante, ouverte, qui exhibe ses tâtonnements, qui cherche. Accusé de «phallocentrisme» par son disciple, ami et biographe Ernest Jones, il s’exclama, lors d’une conférence : «Si vous pensez qu’en attribuant tant d’importance au rôle que joue, dans la formation de la féminité, le manque de pénis, je suis la proie d’une idée fixe, alors je reste désarmé.» Sa pensée, y compris dans ses spéculations les plus contestables, nous aide à comprendre la logique et les ruses du phallocentrisme.
www.liberation.fr/livres/0101633173-plaidoyer-pour-la-psychologie-litteraire

L’art de ne pas lire Freud
Par JACOB ROGOZINSKI, Philosophe
Le récent pamphlet de Michel Onfray, le Crépuscule d’une idole, suscite l’émoi des psychanalystes. Il y a pourtant une discipline à laquelle ce livre cause un tort bien plus grave qu’à la psychanalyse : c’est la philosophie. Car Michel Onfray se dit philosophe...
www.liberation.fr/livres/0101633366-l-art-de-ne-pas-lire-freud
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MessageSujet: Re: Les œuvres de Freud dans le domaine public   Dim 9 Mai - 21:15


Papero (NEC Corporation)

Pourquoi il faut défendre Freud au XXIe siècle

par Clotilde Leguil, psychanalyste

La psychanalyse affirme que les conduites humaines ne peuvent être traitées par le seul principe de l’optimisation.

Etait-il bien nécessaire de lire les Œuvres complètes de Freud – 20 volumes, 6 000 pages comme il est rappelé partout dans la presse – pour écrire le tome II du Livre noir de la psychanalyse ? L’indigestion explique sans doute le style propagandiste adopté par l’auteur du Crépuscule d’une idole, l’affabulation freudienne. Si vous avez aimé le Livre noir de la psychanalyse au point d’en redemander (cela fait quand même 818 pages…), alors vous aimerez le dernier livre d’Onfray, parce qu’y transpire le même ressentiment à l’égard de Freud et de son invention. Mais si vous voulez apprendre quelque chose sur la psychanalyse, sur Freud, ses questionnements, ses impasses, son cheminement, lisez seulement un texte de Freud, le Malaise dans la civilisation par exemple, et vous découvrirez pourquoi le message freudien n’est pas du tout conforme aux exigences marchandes, managériales et techno-scientistes de notre société. Vous découvrirez alors pourquoi déboulonner Freud à l’heure du cognitivo-comportementalisme qui conçoit l’être humain comme un rat devant s’adapter à son environnement, c’est tout simplement se ranger au côté des fanatiques de l’évaluation quantitative en vue d’éliminer de la planète tous ceux qui souffriraient un peu trop, ne trouvant pas dans l’hédonisme le remède à leurs maux.

Pourquoi faut-il alors défendre Freud au XXIe siècle ? Il faut défendre Freud parce que ce que Freud a apporté sur la souffrance, le désir et la civilisation, personne avant lui ne l’avait ainsi formulé. Il faut défendre Freud parce que, face au déluge des thérapies cognitivo-comportementales qui ont maintenant le pouvoir dans la majorité des institutions psychiatriques et psychologiques, la psychanalyse apparaît comme un îlot préservant la dignité de la souffrance psychique. Parce que Freud est le premier qui a considéré que la souffrance psychique ne faisait pas de nous des anormaux ; le premier qui a pensé que les hystériques souffraient de réminiscences et qu’elles en savaient plus sur leurs maux que lui avec ses compétences médicales ; le premier qui a su écouter ce qu’il ne comprenait pourtant pas chez une femme ; le premier qui s’est demandé de façon si claire ce que voulait une femme ; le premier qui a pensé que la féminité était peut-être une question de l’être sur sa sexualité et son désir, le premier qui a pensé qu’il n’y avait pas de santé mentale, mais que chacun élaborait à sa façon des solutions contre sa souffrance singulière.

Il faut défendre Freud parce que, face à la folie de l’évaluation quantitative que représentent les nouvelles techniques de management dans les entreprises, la psychanalyse affirme que les conduites humaines, y compris dans le domaine du travail, ne peuvent être traitées par le seul principe de l’optimisation. Parce que, face à ceux qui traitent l’humain comme on traite des rats soumis à des procédures d’expérimentation scientifique, la psychanalyse répond par le caractère irréductible du sujet en tant qu’il parle. Parce que, face aux suicides, la psychanalyse ne répond pas par les statistiques. Parce que, face à la marchandisation de l’intime et à l’invitation à ne plus accorder de valeur à nos embrouilles amoureuses, la psychanalyse invite à ne pas renoncer à la signification de notre désir.

Ainsi au XXIe siècle, il faut défendre Freud et la psychanalyse pour que l’être humain ne se retrouve pas épinglé comme un insecte sur une planche d’observation, soumis à des tests qui valideront sa résistance à la souffrance ou, au contraire, sa fragilité et, du même coup, sa condamnation sur le marché de la performance. Si Freud en son temps a dû faire face aux mécontentements que la psychanalyse suscitait, nous aujourd’hui, analysants, analystes, et tout simplement lecteur de Freud, admirateur de sa subtilité, nous ferons face aux passions haineuses en tentant de défendre ce qui des mots de Freud continue de nous éclairer pour comprendre notre époque et l’énigme que nous restons pour nous-mêmes.
www.marianne2.fr/Pourquoi-il-faut-defendre-Freud-au-XXIe-siecle_a192537.html


«Un monde sans fous ?» ou les dérives de la psychiatrie
Jusqu'à fin mai, retrouvez dans sa version longue (67mn) le documentaire de Philippe Borrel diffusé le 13 avril sur France 5. Ainsi que l'intégrale des entretiens réalisés.
www.mediapart.fr/content/un-monde-sans-fous-ou-les-derives-de-la-psychiatrie
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MessageSujet: Re: Les œuvres de Freud dans le domaine public   Sam 15 Mai - 1:09



L’enjeu social de la polémique
A quoi sert Michel Onfray ?

par Jean-Claude Paye, Tülay Umay, sociologues

[...] quel est le sens de la campagne médiatique destinée à imposer un ouvrage basé sur la falsification des faits comme un «livre évènement» ?

[...] Le personnage Onfray est un révélateur de la décomposition sociale actuelle. Dans la postmodernité, quelque chose de notre humanité est touché et c’est de cette faiblesse que jouit l’auteur.
Ce cas nous intéresse dans la mesure où il obéit à une attitude spécifique de notre époque, celle du déni de tout processus de connaissance et de la nécessaire reconnaissance intellectuelle et symbolique qu’il implique.

Selon les paroles mêmes de son auteur, l’ouvrage serait le résultat de cinq mois de lecture, pendant lesquels, Michel Onfray aurait lu tout Freud et en aurait tiré un point de vue définitif. Cette prétention contraste fortement avec la multiplicité des débats contradictoires entre les diverses écoles de psychanalyse ou, par exemple, avec le travail de Jacques Lacan qui, après plus de cinquante ans de lecture, en était toujours, lui pauvre humain, à approfondir son interprétation et à faire évoluer ses hypothèses.
Alors que l’exhibition d’une telle toute puissance devrait prêter à sourire, elle est généralement tenue comme une garantie de la qualité de son «travail» et du caractère de «chercheur infatigable» attribué à l’auteur.

M. Onfray est présenté comme l’icône de l’incarnation de la vérité comme «toute». Il s’offre en tant que vérité qui se fait voir, qui ne se présente pas à la raison, mais au regard, à la pulsion scopique. [...]

Sa «lecture» de Freud présente deux caractéristiques complémentaires. En l’absence de références travaillées, elle ne doit rien à personne, elle ne se fonde formellement que sur elle-même. Il s’agit du travail d’un «self made man».
Enfin, il s’agit d’une lecture à la lettre. Si Freud a théorisé la pulsion de mort et a montré son rôle dans l’histoire des sociétés humaines, c’est qu’il [serait] un adepte de l’abandon à ce mécanisme pulsionnel. Sa théorisation [serait] ainsi anticipation de la barbarie nazie et porterait une responsabilité des génocides commis. Une identité est établie entre l’énonciation du mot et la chose elle-même. Comme disent les enfants : «c’est celui qui le dit qui l’est».

Aussi, Freud, en faisant du meurtre du père imaginaire, donnant existence à un père symbolique, un principe fondateur d’une société spécifiquement humaine, aurait assassiné Moïse, le père de la loi judaïque, favorisant ainsi la solution finale des nazis contre le peuple juif. Pour Onfray, la thèse attribuée à Freud selon laquelle : «Moïse n’est pas juif, mais Egyptien et que, par conséquent le peuple juif n’ a été qu’un peuple d’Egyptiens» fleurterait avec l’antisémitisme. Ainsi, toute conception de l’histoire qui veut rompre avec l’essentialisme et la catégorie de race serait en soi antisémite.

Notre philosophe hédoniste veut se soustraire à l’humanité en tant qu’historicité, en tant que devenir. Il s’oppose à la loi symbolique posée par Freud. Aussi, il ne veut pas tuer le père, mais occuper sa place. Grâce au déni de la fonction du père, il n’y a plus de dette symbolique entre les générations, d’articulation entre l’objectivité et la subjectivité. Pour l’enfant tout puissant, les choses n’existent qu’au moment où il les énonce. Ainsi, il est dans l’air du temps, comme rouage d’une machine déjà bien huilée.

Historiquement, la psychanalyse a été combattue par les régimes fascistes et nazis, comme «science des juifs», et stigmatisée par la droite catholique, à cause sa référence à la sexualité. Si le philosophe athée et hédoniste se trouve en une telle compagnie, ce n’est pas pour les mêmes raisons. Dans les Etats fascistes et nazi, ce qui fait lien entre les hommes est mythique. A l’ordre symbolique, au lien social, doit se substituer l’imaginaire. Dans la postmodernité, dont Michel Onfray est un héraut, ce qui explique sa grande médiatisation, tout ordre symbolique, même imaginaire, doit être anéanti. L’enfant tout puissant, figure centrale de cette nouvelle période historique, ne peut connaître aucune limite. La dimension sociale de l’humain est déniée. A l’ordre de l’Ancien testament qui repose sur la gestion de la violence, Michel Onfray oppose une humanité hédoniste, uniquement habitée par la pulsion de vie, orchestrée par un dieu païen prônant une jouissance sans limite. Si on n’est pas aveuglé par cette notion d’un dieu solaire, on retrouve là la spécificité des valeurs de la postmodernité.

Si, depuis toujours, la psychanalyse a été un enjeu de confrontations, les attaques actuelles sont d’un autre ordre. Actuellement, il ne s’agit plus de la confronter, mais de la diaboliser, de la forclore. La Grande-Bretagne, pays aux quatre millions de caméras de surveillance et qui a déjà supprimé l’essentiel des libertés individuelles, est à la pointe de ce combat. Un projet de loi est en discussion visant à empêcher concrètement sa pratique. Cet exemple extrême fait partie d’une tendance générale. Ce livre en est un élément. Pour dénier la psychanalyse, tout est bon : inventer des faits, fabriquer des révélations, privilégier la rumeur face au réel. Dans cette entreprise, l’auteur est assuré d’obtenir tout le soutien nécessaire.

Ce qui est dérangeant dans la psychanalyse, c’est qu’elle repose sur le manque, qu’elle montre à l’homme que sa condition l’empêche d’être le tout. Dévoilant sa castration à l’individu, elle fait de la reconnaissance de celle-ci, la condition de l’émergence d’une parole. A l’opposé de M. Onfray, elle nous montre que l’existence d’une société humaine repose sur l’interdiction de l’inceste, non pas du corps à corps dans lequel on est habitué à la penser, mais dans la séparation de l’individu d’avec la mère symbolique, aujourd’hui l’Etat maternel. Les concepts élaborés par la psychanalyse sont un instrument indispensable pour faire face au déni de l’humain. Ils nous sont nécessaires pour sortir d’un processus de régression qui nous ramène au stade le plus primaire du narcissisme, celui de l’auto-érotisme, dans lequel Onfray veut s’enfermer.

Pour faire face au discours développé dans ce livre et surtout à la campagne médiatique qui le promotionne, il ne suffit pas de remettre les faits dans leur contexte. Afin de ne pas être parlé par les images présentées (Freud cocaïnomane, immoral, plagiaire, infidèle, fasciste, incestueux, soumis à l’argent...) et afin de s’attaquer aux fétiches exhibés comme preuves, il faut reconquérir le territoire du langage et renverser le règne de l’image.

Actuellement, la décomposition du rapport social est telle que l’installation d’une structure politique démocratique passe par le rétablissement d’un ordre symbolique. Ce ne sont pas uniquement nos libertés qui sont attaquées, mais ce qui fait de nous des humains. C’est cette position de faiblesse qui autorise, aujourd’hui, l’enfant tout puissant à exprimer son mépris de tout ce qui pourrait limiter sa jouissance.
La spécificité de la psychanalyse, c’est justement de montrer qu’il n’y a d’Homme que parlant et cela au moment où on nous intime de nous taire et de nous abandonner. (...)

www.voltairenet.org/article165337.html
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MessageSujet: Re: Les œuvres de Freud dans le domaine public   Jeu 19 Mai - 0:14


La théorie de la séduction
Le complexe d’Œdipe : découverte ou invention ?

Freud, venu à Paris pour suivre les cours de Charcot, a beaucoup fréquenté aussi la Morgue. Il y a « vu des choses que la Science préfère ignorer » (des autopsies d’enfants massacrés par leurs parents). Dans sa pratique de médecin, il observe que ses patientes névrosées en viennent toutes à évoquer les violences sexuelles qu’elles ont subies, bien souvent du père ou d’un autre parent proche, mais parfois aussi d’une personne extérieure à la famille...

[...] Freud écrit alors :

« Quant aux doutes concernant l’authenticité (de ces scènes), on peut dès maintenant les infirmer par plus d’un argument. D’abord le comportement des malades lorsqu’ils revivent ces expériences infantiles est à tous égards incompatible avec l’idée que les scènes sont autre chose qu’une réalité ressentie douloureusement et remémorée avec le plus grand déplaisir » [1]

Dans les lettres – privées – à Fliess [2], des pères sont cités à plusieurs reprises comme agents de séduction, mais dans les publications de ces années, Freud s’abstient soigneusement de les mettre en cause. Par exemple dans les Etudes sur l’hystérie (1895), le viol de Katharina est attribué à l’oncle ; mais il faudra attendre l’édition de 1924, pour apprendre, par une note en bas de page, qu’en réalité le violeur n’est pas l’oncle mais le père.

Les mots utilisés par Freud : viol, abus, attaque, attentat, agression, traumatisme, séduction sont sans ambiguïté sauf le dernier. L’adulte séducteur dira pour sa défense que l’enfant était séduisant et qu’on ne sait plus qui séduit qui... C’est donc cet euphémisme assez vague qui, après 1897, deviendra l’appellation officielle de la théorie abandonnée.

Les violences imposées à l’enfant n’ont pas toutes été brutales mais qu’elles aient provoqué de la volupté ou de l’effroi et du dégoût, le traumatisme est produit par l’intensité extrême de l’émotion ressentie dans un corps et une organisation psychique profondément immatures. Quand l’abus a été précoce (avant 4 ans), l’effroi et le dégoût préparent l’hystérie qui se déclenchera à la puberté, à la suite d’un événement donnant sens après-coup à la violence ancienne. Lorsque la première violence intervient après 4 ans, l’événement ultérieur produira plutôt la névrose obsessionnelle (avant 8 ans) ou la paranoïa. Il y a donc une première violence que l’immaturité de l’enfant lui interdit d’élaborer et qui donne lieu à refoulement, puis, à la puberté, un second événement qui vient percuter le souvenir de la première violence et lui fournit une capacité de destruction psychique importante [3].

Tollé dans le monde savant

Cette théorie présentée le 21 avril 1896, dans une communication à la Société de Psychiatrie et de Neurologie de Vienne, est accueillie par un silence glacial et on lui conseille de ne pas la publier. Krafft-Ebing directeur du Département de Psychiatrie à l’Université de Vienne déclare :

« On dirait un conte de fées scientifique. »

Freud qualifie ses auditeurs "d’imbéciles incapables de se rendre compte qu’on leur indique la solution d’un problème plusieurs fois millénaire – une source du Nil" [4].

Il écrit :

« J’eus le sentiment d’être méprisé et que tout le monde me fuyait. »

« On s’est donné le mot pour m’abandonner et le vide se fait autour de moi. »

Conrad Rieger, professeur de psychiatrie à Würzburg et spécialiste de l’hystérie, est particulièrement méprisant :

« Je ne peux croire qu’un psychiatre expérimenté puisse lire ce livre sans se sentir véritablement indigné. Indigné du fait que Freud prend très au sérieux ce qui n’est rien d’autre que radotages paranoïdes à contenu sexuel - événements purement fortuits - sans aucune signification ou entièrement inventés. Tout cela ne peut mener à rien d’autre qu’à une psychiatrie de bonnes femmes purement et simplement déplorable. »

Même son ami, le Dr Breuer qui avait cosigné l’année précédente les Etudes sur l’hystérie et qui l’aidait depuis longtemps à survivre financièrement, manifeste, comme ses autres collègues, une très grande répugnance devant une thèse qui met en cause aussi brutalement le pilier de la famille :

« Selon lui, je devrais me demander tous les jours si je suis atteint de folie morale ou de paranoïa scientifica. »

Une partie de sa maigre clientèle l’abandonne [5] et Freud écrit à Fliess :

« Tu ne saurais te figurer à quel point je suis isolé… Le vide se fait autour de moi. (…) Ce que je trouve plus désagréable, c’est de voir, pour la première fois cette année, ma consultation désertée (…) » [6].

Trouverait-il au moins un solide soutien auprès de son confident habituel ? Mais, s’il faut en croire le témoignage ultérieur du fils, Robert Fliess [7], le père a des raisons très personnelles de ne pas du tout apprécier sa théorie. Et comme dans l’esprit, on ne détruit que ce qu’on remplace, c’est lui qui va fournir la piste précieuse d’une sexualité infantile spontanée. Ainsi, on n’aura plus besoin de chercher qui est le séducteur…

En 1932, Ferenczi – proche disciple [8] et ami de Freud – apportera, au Congrès de l’Association Internationale de Psychanalyse une contribution importante où il ose reprendre à son compte la théorie de la séduction à partir de son expérience de praticien :

« L’objection, à savoir qu’il s’agit des fantasmes de l’enfant lui-même, c’est-à-dire de mensonges hystériques, perd malheureusement de la force par suite du nombre considérable de patients en analyse qui avouent eux-mêmes des voies de fait sur des enfants ».

Cette contribution sera accueillie par les psychanalystes avec une hostilité comparable à celle que Freud avait connue en 1896. On veut l’empêcher de parler, Freud lui-même insiste pour qu’il ne publie pas [9] et Jones, le premier biographe de Freud, ira jusqu’à le déclarer psychotique.

Scandale dans la famille

Indépendamment de son côté subversif pour la société patriarcale, la thèse avait de quoi déranger non seulement la minorité des adultes pervers, mais aussi les parents les plus respectueux qui avaient une difficulté extrême à concevoir – projection oblige – que des pères puissent avoir sur leur enfant un regard à ce point différent du leur et des gestes aussi monstrueux.

Il faudra encore un siècle et le combat acharné des féministes pour qu’on se décide à prendre au sérieux les victimes au lieu de les mettre en hôpital psychiatrique ou de les lobotomiser quand elles persistent à accuser leur géniteur, un homme tellement au dessus de tout soupçon.

C’est peut-être la mort du sien, le 23 octobre 1896, une mort très durement ressentie [10], qui va conduire Freud à renoncer à une découverte par trop scandaleuse puisqu’elle l’amenait à soupçonner jusqu’à son propre père. Dans la nuit qui précède son enterrement, il fait un rêve dans lequel il lit sur une pancarte :

« On est prié de fermer les yeux ».

À la pression de ses pairs pour qu’il abandonne, vient donc se joindre une pression interne d’autant plus forte que son athéisme ne l’empêche pas d’être profondément imprégné par cette culture biblique qui sacralise le père et promet un châtiment terrifiant à celui qui lui manque de respect. [11]

« Que l’œil de celui qui insulte son père soit arraché par les corbeaux des torrents, et dévoré par les enfants de l’aigle… »

S’il refusait de fermer les yeux sur les fautes de son père, les corbeaux et l’aigle se chargeraient de le rendre aveugle, aveugle à tout jamais, aveugle comme Œdipe…

Abandon d’une théorie

Le 21 septembre 1897, Freud écrit à Fliess une lettre décisive qui détaille les arguments le conduisant à renoncer à sa neurotica. Le plus spectaculaire porte sur l’impossibilité qu’il y ait autant de pères pervers.

Il évoque « la surprise de constater que dans chacun des cas, il fallait accuser le père (y compris le mien) de perversion » [12]

Dans l’article Séduction du volumineux Dictionnaire de la psychanalyse d’Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, l’argument devient :

« Freud se heurte en effet à une réalité irréductible : tous les pères ne sont pas des violeurs (…) ».

Dans leur crainte que le lecteur d’aujourd’hui ne prenne au sérieux une thèse rejetée par l’orthodoxie, nos deux auteurs poussent l’argument à la limite et même à l’absurde [13], puisque cette fois il ne s’agit plus seulement des pères d’hystériques mais de tous les pères. Pour rendre la théorie de la séduction encore plus inacceptable, ces auteurs disent violeurs alors que Freud (le Freud de 1896 comme celui de 1897) s’en tenait au terme de perversion (le viol n’étant qu’une forme extrême dans la diversité des actes pervers).

Pourtant dans la théorie récusée, il n’était pas seulement question de pères mais aussi d’oncles, de frères, de cousins, de grands pères, de mères, de domestiques, etc. Et, quand les récits de maltraitances sexuelles sont évoqués comme « mensonges des hystériques », on oublie généralement que la théorie se fondait aussi sur des cas de personnes souffrant de névrose obsessionnelle ou de paranoïa.

Igor Reitzman
14 mai 2011
http://lmsi.net/La-theorie-de-la-seduction
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